Joseph Kabila : Culture du Moi ou le Chaos ! Un Appel à la Résistance totale.

C’est celui qu’on appelle ‘le Raïs’, ‘le pacificateur’ qui, il ya de cela seize ans, a pris le règne d'un pays à la hauteur d’un continent, à potentialités incommensurables, mais ayant un produit intérieur brut (PIB) de 394,25$US par an, soit 32,8$US par mois ou 1$US par jour. C’est un pays où 87,7% de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté, des statistiques qui donnent des frissons. La RDC occupe aujourd’hui la 184e place dans le rapport du Doing Business 2017. Mais comment cet homme timide, aux origines douteuses, sans un background scolaire élevé y est arrivé là et se bat bec et oncle pour s’éterniser ? En effet, après recherches et enquêtes, il s’est révélé que cet ancien élève de l'actuel ministre rwandais de la défense James Kabarebe s'appuie sur quatre piliers pour asseoir sa dictature. Il se sert des stratagèmes bien construits par les anciens dinosaures du régime Mobutu ainsi que du lobby tutsi(par entremise du président rwandais Paul Kagame); la médiocrité de la classe politique congolaise ; la naïveté de la population congolaise et le soutien sous coulisse de la communauté internationale, et la culture du chaos.

Des stratagèmes

Le Raïs s’est fait entourer des anciens conseillers du président Mobutu et des politiciens opportunistes qui, démunis entrent en politique pour piller le trésor public au prorata de louanges accordées à leur chef sous forme de mensonge et désinformation. Oui, on se souviendrait que ce sont ces dinosaures qui avaient au paravent fait de Mobutu et imaginé de faire apparaître son effigie subliminale chaque soir en ouverture du journal télévisé, perché dans les nuages tel un Dieu en son paradis. Les mêmes stratagèmes mettent aujourd’hui Joseph Kabila au-dessus de la Constitution de la république alors qu’il est supposé en être le premier sujet et le garant.

En effet, ces dinosaures ne sont qu’un petit groupe mais ils prennent pourtant en otage quatre-vingt millions des Congolais qui se trouvent appauvris et massacrés. À ces stratagèmes, il faudra ajouter l’influence de Paul Kagamé, ce tutsi qui nourrit des ambitions de diriger toute la sous-région de l’Afrique de l’Est. L’on retient que c’est Paul Kagame qui donne la ligne de conduite au raïs de la RDC. Dans un article de Jeune Afrique Magazine, François Soudan affirme que : « Kabila n’a aujourd’hui aucun ami, aucun proche parmi les chefs d’État de la planète. « Seul Paul Kagamé a une certaine influence sur lui mais il s’agit là d’une relation de dominant à dominé. Joseph ne s’est jamais vraiment remis d’avoir été l’élève du général rwandais Kabarebe. 

De la médiocrité de la classe politique,

La classe politique congolaise est marquée par une médiocrité sans précédent et elle est composée d’opportunistes, des personnes sans visions politiques qui ne recherchent qu’à s’enrichir sur le dos du trésor public. Et cela nourrit d’une manière ou d’une autre la dictature de Joseph Kabila et l’imperium tutsi. Devant l’impasse de faire appliquer l’accord de la Saint Sylvestre qui consiste à résoudre la crise de légitimité dans laquelle le Joseph Kabila et son régime ont placé le pays, la CENCO (la Conférence Episcopale Nationale du Congo) n’est pas allée par quatre chemins pour qualifier la classe politique congolaise : « d’une médiocrité grave. Ils (les hommes politiques) ont remis en cause tout ce que nous avions convenu la veille ».

En effet, la RDC n’a à réellement pas de politiciens ; il y a plutôt des gens qui s’engagent dans la vie politique uniquement pour s’y faire de l’argent facile et s’enrichir sur le dos des contribuables Congolais, ce qui sacrifie les générations futures. Chacun d’eux ne se bat que pour obtenir un portefeuille de l’Etat, devenir ministre, rien de plus. Pour s’assurer de ces postes, ils se livrent à des jeux d’exclusions, d’anathèmes, d’accusations réciproques de « vagabondage » politique, des petites trahisons nocturnes, de sorcellerie. Dans la pratique, il n’y a plus de place pour la morale ou l’éthique. Les « politiciens » Congolais se trouvent tous avoir perdu le sens du bien combien commun tout comme celui de la honte. Sans honte ni vergogne ; ils se livrent a toutes ces pratiques sans gêne ; et au vu et au su de tout le monde, allant jusqu’à revendiquer tel courant de la voyoucratie plutôt que tel autre.

La naïveté du peuple congolais,

On se posera la question de savoir si le peuple Congolais est-il réellement naïf ? Visiblement oui ; En effet, le peuple a cultivé un comportement passif le disposant à ne se contenter que des débats vides, des discours vains et promesses des acteurs politiques même si l’on sait que rien de concret ne va se produire au final. Le Congolais se laisse facilement emporter pardes futilités, se résignant dans l’oisiveté et remettant ses propres actions entre les mains de Dieu. Ne l’entend-on pas répéter à longueur des journées : ‘Nzambe akosala’. Pour illustrer notre propos, on se souviendra du fameux phénomène carton jaune et rouge qui n’a jamais produit d’effet ; comparativement au peuple du Burkina-Faso pour qui, il n’aurait fallu que 48 heures (défiant pronostics) pour chasser le président Blaise Compaoré du pouvoir. Le monde a pu voir un peuple déterminé et a décrété la fin d’une dictature pourtant sanglante. Gene Sharp n’a-t-il pas déclaré que : « la population elle-même contribue à la survie de la dictature  lorsque la population et la société sont trop faibles pour poser des problèmes sérieux au pouvoir dictatorial … la survie des dictatures dépend principalement de facteurs internes, même si elles peuvent être renforcées ou affaiblies par des actions internationales(Gene Sharp, 2004, p.28).

La culture du chaos

Diviser pour bien régner, tuer pour semer la terreur et la peur. Durant le règne de Kabila les milices ne font que naitre dans presque tous les coins de la république. Commençons par la plus récente, le Kamwina-Nsapu dans le Kasaï. Cette milice provoquée par Kabila lui-même pour justifier l’extermination du peuple lubas dans le paisible grand Kasaï. La répression qui suit les attaques de Kamwina-Nsapu justifie notre l’hypothèse que nous posons ici comme postulat, à savoir l’extermination du peuple Luba. Colette Braeckman reporte  que cette répression« est sans précédent et menée par des militaires ne parlant ni le Lingala, la langue de l’armée, ni le Ciluba, la langue nationale du Kasaï. Certes, ils portent toutefois l’uniforme de l’armée congolaise mais ils paient en dollars…. Ces mercenaires sont empruntés aux pays voisins, le Burundi, ou plus sûrement encore, l’Ouganda, le Rwanda ou le Zimbabwe, dont les présidents entretiennent les meilleures relations avec Joseph Kabila et partagent sa volonté de rester au pouvoir. La violence n’a fait que croître : 23 fosses communes ont déjà été dénombrées, le chiffre de 2500 morts est cité, 39 policiers ont été retrouvés décapités, les corps de deux experts de l’ONU, Michaël Sharp et Zaida Catalan, ont été découverts, eux aussi décapités (Colete Braeckman, 2017).  

Dans l’ancienne province du Katanga, les civils craignent aussi la mise en liberté du redoutable chef de guerre Gédéon, chef d’une autre milice, les Bakata Katanga, qui s’illustrèrent par des massacres dans le Nord Katanga et, à toutes fins utiles, l’Angola a fermé sa frontière avec son dangereux voisin. Au Nord Kivu, la violence est endémique prenant toutes les tournures : des tensions mettent aux prises les populations locales, les Hema aux Lendu. En outre, les rebelles du M23, des Tutsis naguère soutenus par le Rwanda, puis réfugiés en Ouganda après leur défaite de 2012, ont repris du service autour de Rutshuru et dans la région du Masisi. Une nouvelle milice, « Corps du Christ » est apparue dans la région.

Dans le Bas-Congo (Kongo Central), le groupe Bundu Dia Kongo – mué en mouvement politico-religieux Bundu-dia-Mayala–n’a pas renoncé aux actions violentes. On se souviendrait de la milice Enyele dans la province de l’Equateur. A cela il faudra aussi ajouter Les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) qui depuis plus de deux décennies campent et opèrent à l’intérieur du territoire national de la RDC; Les milices Maï-Maï ; L’Armée de Résistance du Seigneur (The Lord Resistance Army - LRA) ; Les Forces Patriotiques pour la Libération du Congo (FPLC) ; La Force de Résistance Patriotique en Ituri (FRPI). Ces guerres vicieuses sont toutes une pure invention de Joseph Kabila et son régime dans le seul et unique but de créer le chaos et se pérenniser au pouvoir

La communauté internationale(la Mission des Nations Unies pour le maintien de la paix et la sécurité en RDC - MONUSCO)

Il convient avant tout de noter que la Monusco est la mission onusienne la plus importante et la plus couteuse. Elle détient l’effectif le plus important, soit 22 000 hommes avec un budget de plus de 1,4 milliards de US $. Le côté triste de cette affaire c’est que les résultats de la Monusco sur terrain restent mitigés.

En effet, en dépit de la présence de la Monusco depuis 1999, la situation en RDC demeure toujours très volatile et instable. Certes, ce serait un leurre de penser que la Monusco peut à elle seule résoudre les problèmes  structurels et les questions profondes qui sont à l’origine du mal congolais. Cependant, on ne peut  passer outre le fait qu’à plusieurs reprises, des massacres ont été commis dans des zones où la Monusco  est présente sans qu’elle n’intervienne efficacement alors qu’elle est dotée d’un mandat offensif pour la protection des civils. De nombreux exemples corroborent cette assertion. Les témoignages fouillés nous rapportent qu’en 2003, par exemple, des populations civiles ont été tuées par des milices dans la ville de Bunia alors que le contingent Uruguayen de la Monusco campait à l’aéroport de cette ville. De même en 2004, les casques bleus n’ont pas pu empêcher les rebelles du général Nkunda  de commettre, quatre jours durant, des actes de viol, de pillage, et de meurtres dans la ville de Bukavu. En novembre 2008, les forces rebelles du même général Nkunda ont exécuté près de 150 civils dans la ville de Kiwanja pendant que les troupes de la Monusco étaient stationnées à quelques encablures de là. Aujourd’hui encore, les rebelles ougandais ADF-NALU continuent d’accomplir leur macabre besogne dans la ville de Beni. Nous nous demandons si la MONUSCO n’est pas complice. Poussant la résolution pour la réduction des effectifs de la MONUSCO, l’administration Trump a, à travers le diplomate Nikki Haley, évalué le bilan de la Monusco en ces termes : «La mission de maintien de la paix de l’ONU a le mandat de s’associer au gouvernementEn d’autres termes, l’ONU aide un gouvernement qui inflige des comportements prédateurs à son propre peuple. Nous devrions avoir la décence et le bon sens pour y mettre fin. »

Comment faire face à ce régime dictatorial aux ambitions génocidaires?

Coup d’état militaire, élections ou résistance ?

Dans ce cas d’espèce où un pouvoir dictatorial et sanguinaire s’est résolu de museler tout le peuple, le défiant par un coup d’état constitutionnel (avec à son actif la non tenue des élections dans le délai, le non-respect de n’importe lequel des actes juridiques de la république, le non-respect de toutes les tentatives d’accords pourtant signés pour sortir le pays de l’impasse que le pouvoir lui-même a formaté, la confiscation de la machine judiciaire et des forces de police et de l’armée, les massacres, la médiocrité de la classe politique, le chaos, la complicité de la communauté internationale, deux mots résument le combat que le peuple doit livrer pour survivre: résistance et libération. Une libération qui commence par un éveil et un réveil.

Le peuple anéanti doit d’abord se réveiller et prendre conscience qu’il est privé de ses droits inaliénables  d’exister entant qu’humain. Résister, c’est le début de la victoire, disait Adolf Pérez Esquivel(Gene Sharp 2009, p.15) . Comment alors matérialiser cette résistance ? Faudrait-il opter pour un coup d’Etat militaire ou une simple résistance de la population. Nous pensons que l’option la meilleure, la plus rationnelle et plus salvifique ou salutaire est celle – comme le soutient Gene Sharp – du coup d’Etat militaire. Car « Un coup d’État militaire contre une dictature peut paraître un des moyens les plus faciles et rapides d’éliminer un régime corrompu… en dépit de ses conséquences néfastes (Gene Sharp, 2009, p. 26)».

Aussi, Sharp décourage-t-il les élections car élections sous une dictature ; et nous souscrivons à cette position car dans un système de pouvoir dictatorial, les élections ne sont en rien un instrument efficace de changement politique. Des dictateurs sous pression peuvent parfois accepter de nouvelles élections, mais en les truquant pour mettre en place leurs marionnettes civiles au gouvernement, et renforcer ainsi leur système afin de brimer de mieux en mieux la population qui pourtant aspire au changement et au bien-être. Par contre, la résistance est le moyen le plus efficace pour vaincre la dictature. La résistance doit renforcer la détermination de la population opprimée et sa confiance en elle-même, et améliorer ses compétences pour résister ; fortifier les groupes sociaux indépendants et les institutions qui structurent la population opprimée ; créer une puissante force de résistance interne ; développer un plan stratégique global de libération ; judicieux et le mettre en œuvre avec compétence.

Au regard de cette réflexion, nous voulons lancer un vibrant appel à tous les Congolaises et Congolais, a tous les amis de la République Démocratique du Congo, et a toute personne de bonne volonté, pour une lutte de libération de la RDC. Il est plus que temps de nous affermir et de croire en notre capacité de nous libérer par nous-mêmes. Notre confiance en nous-mêmes, notre désir de voir nos vies changées, notre souci de léguer un avenir meilleur à nos enfants, la soif de la justice de la justice pour nos frères et sœurs, pour nos parents et tous les compatriotes qui sont tombés ou ont disparu sous la dictature de Joseph Kabila, voilà ce qui doit nous révolter et nous pousser à l’action. Ce qui doit nous révolter tous et chacun, à commencer par les officiers militaires et les hommes de troupes. Jamais notre propre libération ne proviendra d’extérieur.

HVTA LeCongoman,

Chercheur Indépendant.

Références

[1]BraeckmanColette. 2017. « Le Congo est miné par des sales petites guerres » Le Carnet de ColetteBraeckman. http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/. Bruxelles.

[2] Soudan François. 2011. « Kabila : Mobutu light ». Jeune Afrique.com. Paris.

[3] « Réflexions sur 17 ans de présence de l’ONU en RDC » . 2016. Afrique décryptage-blog du programme Afrique Subsaharienne de l’Institut français des relations internationales(IFRI)- https://afriquedecryptages.wordpress.com/2016/05/11/reflexions-sur-17-ans-de-presence-de-lonu-en-rdc/

[4] Sharp Gene. 2009. De la Dictature à la Démocratie. Un cadre conceptuel pour la libération. Paris : L’Harmattan.

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