30/12/16/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE VENDREDI (CongoForum)
La plupart des journaux parus à Kinshasa en ce 30 décembre 2016 consacrent leurs colonnes à la fin annoncée des discussions politiques sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo. Mais, précisément, quelle est cette fin ? Depuis le début, on nous annonce, tous les deux ou trois jours, que « Youpie ! on est parvenu à un accord… » à 90, 95 ou 98 %, puis tout retombe comme un soufflé raté… Alors ? « Accord ou pas accord ? ». Telle est la question que se posent les quotidiens. Faute de pouvoir y répondre, ils y vont de leurs commentaires et pronostics.


Pourparlers du Centre Interdiocésain
Un peu de décryptage s’impose. Sous l'égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo, les pourparlers de la dernière chance devaient aboutir ce vendredi à la signature d'un accord de sortie de crise, confortant ainsi la place immuable de l'Église dans le jeu politique congolais. La CENCO, pour jouer ce rôle historique, était représentée par cinq évêques : Nicolas Djomo, Marcel Utembi, Fridolin Ambongo, François-Xavier Maroy et Fidèle Nsielele Zi Mputu.


Allaient-ils réussir là où l’Union africaine (UA) n’avait récolté qu’un résultat mitigé ? En tout cas, les évêques catholiques de la Cenco, médiateurs des négociations directes entre les signataires de l’accord du 18 octobre (majorité présidentielle et une frange de l’opposition) et le Rassemblement, semblaient tout près d’arracher un compromis plus global et réellement inclusif aux protagonistes. Deux mois plus tôt, le facilitateur Edem Kodjo, désigné par l’UA, s’était contenté d’un accord partiel…


« Malgré les divergences, personne n’a quitté la table des négociations », se félicitait déjà un clergé catholique joint au téléphone, le mercredi 28 décembre, par Jeune Afrique. La signature de l’accord de sortie de crise était même attendue pour ce 30 décembre, le premier délai – avant Noël – n’ayant pas été tenu. Les derniers réglages seraient en cours. « Pour débloquer ce qu’il reste – notamment le sort de Moïse Katumbi -, c’est le président Joseph Kabila qui détient la clé, les évêques ayant déjà fait leur travail », soufflait alors à JA une source proche du dossier.
Seulement, voilà ! Kabila refuse tout dialogue. Les évêques de la CENCO (conférence épiscopale natioanle du Cogo) qui ont tenté d'arracher un accord entre majorité et opposition pour éviter le chaos en République démocratique du Congo, sont sortis ce jeudi soir sans mot dire de leur dernière rencontre avec le président Kabila dont le second et dernier mandat s'est terminé le 19 décembre dernier. Trois semaines de palabres pour rien.
Alors que depuis dix jours ces évêques annoncent qu'ils sont sur le point d'obtenir la signature d'un accord de partage du pouvoir pendant une période de transition devant amener le pays vers des "élections apaisées et démocratiques", ils se sont fait éconduire sans ménagement jeudi soir par le président Joseph Kabila qui leur a annoncé qu'il n'entendait signer aucun accord et qu'il allait organiser un référendum populaire. Comme pour prouver qu'il s'agissait d'une vraie détermination, les joséphistes ont déjà commencé à collecter des signatures, dès ce jeudi, dans la ville de Kolwezi (sud-est), pour obtenir le droit d'aller au référendum. Objectif : une modification de la constitution en violation complète de l'article 220 de cette même constitution.


Commentant ces faits, le journal belge La Libre commente : « Ce vendredi, les évêques congolais, comme ils l'avaient annoncé, clôtureront les débats du dialogue. Mais, contrairement à ce qu'ils espéraient, ils n'auront pas de signature d'un accord mais bien ce qui pourrait passer comme une déclaration de guerre du pouvoir de Joseph Kabila à l'égard d'une opposition qui a fait énormément de concessions pour entrer dans ce dialogue et, surtout, à l'égard de la population congolaise qui a souvent martelé qu'elle ne voulait pas de prolongation du mandat de Kabila et encore moins d'un nouveau mandat. Des heures troubles s'annoncent en République démocratique du Congo où le jeu politique paraît plus bloqué que jamais par la (mauvaise) volonté d'un seul homme ».


Forum des As titre « La CENCO met fin aux bons offices ce vendredi ».
FdA explique ainsi que la gestion des provinces, le contrôle du gouvernement, les mesures de décrispation du climat politique et la refonte du bureau de la commission électorale continuent de diviser les deux camps. Mais pour les évêques catholiques, il n’est pas question de prolonger indéfiniment ces négociations directes. « Qu’il pleuve ou qu’il neige les évêques vont mettre un point final à ce stade de bons offices » ce vendredi, a ainsi lancé à la presse le secrétaire général de la CENCO, cité par FdA.
Le journal constate aussi que le Rassemblement a déjà fait savoir qu’il allait reprendre les actions de rue si aucun accord n’était trouvé ce 30 décembre.


Sans doute séduit par la formule météorologiques, assez inattendue au Congo, La Tempête des Tropiques titre « Qu’il pleuve ou qu’il neige : Les Evêques confirment la clôture des travaux ce vendredi »
« Hier, les prélats catholiques ont rencontré le Président Kabila.


Démarrés depuis le 8 décembre dernier sous la médiation de la CENCO, les travaux du dialogue politique inclusif doivent prendre fin ce vendredi 30 décembre 2016. Tel est le souhait exprimé par les membres de la CENCO, conférence épiscopale nationale du Congo, hier jeudi par le Secrétaire Général de cette structure de l’Eglise catholique.


La rencontre entre les membres du groupe restreint composé de 8 participants désignés par les deux composantes pour la poursuite des discussions directes entre les délégués de l’accord de la cité de l’Union africaine et les non-signataires de cet accord, prévue pour hier jeudi 29 décembre au centre interdiocésain n’a pas eu lieu pour la simple raison que les Evêques qui dirigent ces travaux s’étaient rendus au palais de la nation où le chef de l’Etat Joseph Kabila allait les recevoir une fois de plus après qu’il les ait rencontrés avant le 19 décembre 2016 .


Selon le programme établi, la suite des travaux et plus particulièrement la plénière prévue pour la journée d’hier était conditionnée par la tenue d’une réunion entre les deux parties sous la conduite des Evêques. Raison pour laquelle, sauf imprévu, tout est reprogrammé pour ce vendredi le 30 décembre.


Les prélats chez Kabila
En vue d’ assurer une avancée sans entraves du processus en cours, les Evêques catholiques qui offrent leurs bons offices à ces travaux ont jugé utile de garder contact avec les deux animateurs principaux des parties engagées au dialogue en l’occurrence le président Joseph Kabila pour le compte de la majorité présidentielle signataire de l’accord de l’Union africaine et le président Etienne Tshisekedi, du comité des sages du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement.


La réunion prévue pour hier jeudi n’a pas pu se tenir à cause du déplacement que les Evêques ont effectué hier auprès du Chef de l’Etat.
Selon les participants à ces travaux, les contacts que les Evêques n’ont cessé de multiplier avec les deux responsables des parties prenantes avant et pendant les travaux de négociations directes sont des signes avant-coureurs d’un consensus large dont le pays a largement besoin pour la décrispation de la crise.


Au cas où ce consensus serait trouvé, on ne voit pas comment l’accord ne pourrait être signé ce vendredi. Bref, pour la majorité des participants mais aussi pour les prélats catholiques, les contacts d’hier jeudi et de ce vendredi avant midi suffisent pour que la signature de l’accord intervienne ce vendredi 30 décembre 2016.


Polémique autour de la désignation du premier ministre
Selon les délégués signataires de l’accord du 18 octobre, la primature doit être confiée à l’opposition politique tout court, or qui dit opposition fait allusion à ceux qui ont signé l’accord de la cité de l’Union africaine et les non-signataires de cet accord, mais pour les membres du Rassemblement, la primature doit revenir impérativement au Rassemblement des forces démocratiques et sociales acquises au changement. D’autant plus que la majorité présidentielle garde la présidence de la République ».


La Prospérité fait savoir, de son côté, que malgré l’ultimatum de la CENCO pour la fin des discussions, les évêques ont continué jusque jeudi tard dans la soirée à tenter de trouver un compromis. Les prélats ont été reçus par le président Kabila et l’opposant historique Etienne Tshisekedi.
Rien n’a filtré de ces discussions.


La Prospérité estime pourtant qu’il n’y a « aucune divergence qui soit réellement insurmontable ». « Les différentes parties aux discussions se déchirent autour des individus, pas plus », croit savoir ce journal.


Même s’il reconnaît que rien n’a été communiqué officiellement, Le Phare affirme « Kabila et Tshisekedi consultés de nouveau ».
« Presqu’une semaine après sa mise sur pied, le Comité de rédaction du projet d’Accord politique devant consacrer la gestion consensuelle d’une nouvelle période de transition entre la Majorité Présidentielle et le Rassemblement, n’a toujours pas fini de toiletter la mouture à soumettre à la plénière. Annoncée d’abord pour le mercredi 28 décembre 2016 puis pour le jeudi 29 décembre, elle vient finalement d’être renvoyée à ce vendredi 30 décembre.


A en croire des sources proches de la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo), la dernière modification de programme est intervenue à la suite de la sollicitation et de l’obtention, par Mgr Utembi et son équipe de médiation, d’une audience avec le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, en fin d’après-midi. C’était pour échanger avec lui autour des divergences persistantes entre ses délégués et ceux d’Etienne Tshisekedi, engagés dans des négociations directes au Centre Interdiocésain de Kinshasa, dans la commune de la Gombe, voici trois semaines. Bien que rien n’a filtré de leurs entretiens, on croit savoir que les Evêques Catholiques sont allés le consulter, pour la nième fois, au sujet du contrôle de la Primature que sa famille politique considère comme déjà cédée à l’Opposition, avec Samy Badibanga à la manœuvre, alors que le Rassemblement ne se reconnaît pas dans cette personnalité politique. On pense que le staff de la Cenco est allé également le sonder à propos du projet consistant à laisser à Etienne Tshisekedi le pilotage de la « Haute Autorité de Transition », des séquences des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales, de la restructuration de la CENI, de la libération des prisonniers politiques et d’opinions, de la cogestion des gouvernements provinciaux, de la réouverture des médias fermés… que la Rassemblement continue de brandir comme des préalables à la signature de l’Accord Politique du Centre Interdiocésain.


On laisse entendre que le président du Comité des Sages du Rassemblement, Etienne Tshisekedi, a aussi été approché hier tard dans la soirée, dans sa résidence de Limete, au sujet de sa lecture des sujets qui fâchent et qui empêchent jusque-là la Majorité Présidentielle et le Rassemblement de signer l’Accord politique du Centre Interdiocésain. Selon des nouvelles en circulation du côté de ce regroupement politique, celui-ci a suffisamment fait des concessions à l’autre partie, en tolérant notamment Kabila comme Chef de l’Etat après l’expiration de son second et dernier mandat, un « glissement » de tout au plus douze mois courant de décembre 2016 à décembre 2017, la continuité de l’Assemblée Nationale et du Sénat comme institutions républicaines pendant le transition, la mise en place d’un gouvernement de Transition… et n’entend pas donner un chèque blanc à la Majorité Présidentielle en ce qui concerne la Primature, la restructuration de la Ceni, les mesures de décrispation politique, la co-gestion des exécutifs provinciaux, etc. En principe, si les dernières divergences sont vidées, le Comité de Rédaction du projet d’Accord du Centre Interdiocésain pourrait procéder à son toilettage définitif et le présenter, ce vendredi 31 décembre (sic) , à la mini-plénière réduite présentement à huit délégués de la Majorité Présidentielle contre huit du Rassemblement en vue de son entérinement. Et, une fois cette étape franchie, le document final pourrait être signé au cours d’une cérémonie solennelle annoncée pour ce samedi 31 décembre, par la trentaine de délégués des deux camps ayant pris part au mini-dialogue du Centre Interdiocésain et servir de « feuille de route » à la transition à venir ».


Au sujet de la commission électorale, L’Avenir renseigne que « des éléments » en sa possession ne lui permettent pas d’affirmer si le chef de l’Etat a adhéré à l’idée du Rassemblement « qui rêve un chambardement général à la tête de la CENI ». Pour ce journal, cette idée n’est pas partagée par beaucoup de gens « qui pensent que ceci ne peut qu’avoir des conséquences fâcheuses sur la suite du processus électoral ».


Dans son édito intitulé « Bout du tunnel », La Prospérité s’adresse au président Kabila et à l’opposant Etienne Tshisekedi.


« Dans quel état d’esprit, les Congolais vont-ils devoir finir l’année 2016, qui termine sa course dans 24 heures ? Une réponse, vraiment lapidaire, conduirait à soutenir, au regard de l’engouement observé à Kinshasa sur les préparatifs de la saint Sylvestre-trompe œil de la paix qui s’est installée en République Démocratique du Congo- que c’est dans un esprit de tension latente. Au plan social, la crise est perceptible dans presque toutes les familles. Simplement, parce que l’Etat Congolais n’est pas en mesure de payer un salaire qui puisse permettre à ses agents de nouer les deux bouts du mois. C’est à la sauvette que les gens vivent. Au plan économique, la hausse des prix des biens de première nécessité constitue un casse-tête pour plus d’un parent. La politique, finalement, c’est elle qui prend captive toutes les intelligences au pays. Professeurs d’universités, chercheurs indépendants, analystes politiques, observateurs avertis, acteurs politiques, ceux de la société civile, dont les Evêques, hommes d’affaires, marchands, étudiants, élèves des humanités, voire de l’école primaire, chômeurs…, tous sont embrigadés par la tenue des discussions directes au Centre Interdiocésain de Kinshasa. Celles-ci sont quasiment arrivées au bout du tunnel, parce que c’est aujourd’hui, 30 décembre 2016, qu’interviendra la conclusion historique de l’Accord politique, gage de sortie de crise entre les signataires et non signataires de l’Accord de la cité de l’Union africaine. Après les échanges entre les émissaires de deux camps, depuis le 8 décembre dernier, qui ont abouti à aplanir près de 95% de divergences, il y a ce qui constitue comme points d’achoppement. Entre autres, la personne devant conduire la transition, la refonte de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) ainsi que la détermination du pouvoir du Comité de Suivi. Eu égard à ce qui précède, la sagesse des Evêques a conduit ces derniers à se référer aux mandants. C’est-à-dire, au tandem Kabila-Tshisekedi. Le premier, en sa qualité de Chef de l’Etat, dont le mandat a pris fin le 19 décembre dernier, en même temps Autorité morale de la majorité présidentielle. Le deuxième, Président du Comité des Sages du Rassemblement des Forces politiques et sociales acquises au Changement. Il est aussi président national de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social. Pour les Evêques, ce sont les deux, identifiés comme tel, qui tiennent en mains le sort de la République. La paix dépend d’eux, autant que le désordre ou le malheur. D’où vient qu’il leur est recommandé, au-delà de leurs intérêts politiques propres, de leur famille politique, dont certains acteurs affichent des positions extrémistes, de privilégier l’intérêt de la nation. Le vœu de tous les Congolais, en cette fin d’année et pour la suite de l’année prochaine, ce qu’ils parviennent à un accord devant déboucher sur la cohabitation. Celle-ci aura le mérite de conduire le peuple congolais aux élections, libres, démocratiques, transparentes et crédibles. Ce vœu est aussi partagé par le Pape, les Etats-Unis d’Amérique, l’Union européenne. C’est dire que finalement, l’on est arrivé au bout du tunnel ».

Notre commentaire
L’éditorialiste de La Prospérité mentionne donc encore « que cette cohabitation doit conduire le peuple congolais aux élections, libres, démocratiques, transparentes et crédibles… Il semble avoir oublié l’adjectif « apaisées » dans cette liste d’épithètes, qui devient de plus en plus longue au fur et à mesure que les élections deviennent de plus en plus foireuses…
Mais il est aussi manifeste que la presse congolaise d’aujourd’hui n’était pas encore au courant de l’échec pur et simple des négociation s de la CENCO au moment où elle a rédigé ses principaux articles du jour. Il faut préciser, ici, que l’article de La Libre auquel nous avons fait allusion a été mis en ligne le jeudi 29 décembre 2016 à 23h04. Le passage des parlotes à la confrontation brutale était donc, selon toute vraisemblance, encore ignoré des rédactions kinoises au moment où elles écrivaient. L’astuce, qui consiste à faire connaître les mesures importantes, de nature à entraîner de fortes protestations, à la veille d’un week-end, est d’ailleurs souvent utilisée par le pouvoir congolais pour « amortir le choc » et, de ce point de vue, le Nouvel An représentait un « trou noir » vraiment très tentant.


L’échec des pourparlers va peut-être marquer la fin d’une période de gaspillage des énergies qui dure, en fait, depuis cinq ans. Les élections de 2011 avaient été organisées, tout comme celles de 2006, en faisant voter un « corps électoral inconnu », faute de recensement préalable de la population. Ce fait à lui seul suffirait à en « plomber » gravement la crédibilité. Elles ont, par-dessus le marché, été entachées de fraudes et de manipulations à un point tel qu’elles ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus[1]. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli. En d’autres termes, il y a en RDC un Président, des ministres, des autorités DE FAIT. Il n’y en a plus aucune qui puisse légitimement se dire « autorité de droit ».


Il était essentiel de garder en mémoire que la RDC vit toujours sous un régime illégitime, depuis les élections de 2011. C’est pourquoi nous l’avons rappelé tous les jours depuis cinq ans. Il fallait rappeler que les élections de novembre-décembre 2011 ont donné des résultats qu'une personne avisée, réfléchie, d’esprit libre et critique devrait considérer comme nuls, donc sans gagnant. La suite aurait dû être l'annulation pure et simple, des enquêtes sérieuses pour déterminer les causes et origines des irrégularités, qu’on punisse les responsables, qu’on les écarte définitivement de toute responsabilité électorale et qu’on en tire les conséquences quant aux futures élections. Il aurait dû y avoir une protestation générale des démocrates de tous les partis, car un démocrate ne saurait accepter que son candidat gagne par la fraude, la corruption et le mensonge. Au lieu de quoi on n’a assisté qu’à des élucubrations pour défendre la victoire « officielle » de JKK, et à d’autres élucubrations pour défendre celle, tout aussi hypothétique, de Tshisekedi. En réalité, il y a eu, après des élections nulles, DEUX tentatives de coup d’état. Celle de Kabila a réussi, alors que Tshisekedi a échoué. Mais l’échec n’est pas une vertu.


Le « Dialogue » en soi n’était pas une mauvaise idée. C’était une tentative pour sortir de l’illégitimité créée en 2011 par des négociations pacifiques, avec un minimum de casse. Mais il aurait fallu tenir compte de quelques faits. Et, disons-le tout net : les « plans de sortie de crise » proposés jusqu’ici n’en tiennent souvent pas compte du tout
1° - Le « dialogue inclusif » n’a jamais commencé. Le mot « dialogue » suppose une sécurité physique et une liberté de parole dont on ne pouvait disposer dans le « bunker » de l’OUA à proximité des troupes de JKK. Le mot « inclusif » signifie que tout le monde doit y être. Or, la Majorité présidentielle, une frange (minoritaire) de l’opposition et de la société civile, cela n’est pas « inclusif ». C’est un congrès de la MP avec des invités. L’idée de ce « dialogue inclusif » n’était peut-être pas mauvaise, mais alors il fallait, avant de commencer la moindre discussion, y obtenir la présence de l’UDPS, du MLC et tutti quanti et ne pas perdre en route la Cenco, l’OR etc… Dans l’état actuel des choses, on n’a encore eu qu’un « dialogue entre la Majorité présidentielle et une frange non représentative de l’opposition et de la société civile », c’est-à-dire rien.
2° - Pourquoi se soucie-t-on tant de savoir si la fin du « mandat » du « Président » Kabila serait conforme à la Constitution, alors que la Constitution a été non pas violée, mais chiffonnée, jetée à terre et foulée aux pieds pour le maintenir au pouvoir en 2011 après des élections NULLES. Elles avaient été organisées, tout comme celles de 2006, en faisant voter un « corps électoral inconnu », faute de recensement préalable de la population. Ce fait à lui seul suffirait à en « plomber » gravement la crédibilité. Elles ont, par-dessus le marché, été entachées de fraudes et de manipulations à un point tel qu’elles ont donné des résultats qui, en réalité, sont encore inconnus. Toute autorité prétendue ne relève plus que de la force, de l’intimidation, d’un coup d’état de fait. Le principal ressort de ce coup d’état consiste à progresser, comme si de rien n’était, dans les tâches qui suivent normalement une élection et à mettre le pays et le monde devant le fait accompli. En d’autres termes, il y a en RDC un Président, des ministres, des autorités DE FAIT. Il n’y en a plus aucune qui puisse légitimement se dire « autorité de droit ». La réalité, c’est que l’usurpateur doit s’en aller. Si l’on a l’occasion de le faire partir « en douceur » en lui accordant un délai jusqu’en décembre pour faire ses malles, tant mieux. Sinon, qu’il subisse la violence qu’il a déjà infligée à tant d’autres !
3° - Il faut donc remettre à l’endroit les notions de légalité et d’illégalité qui, pour le moment sont cul par-dessus tête. La Constitution doit être remise en vigueur après une parenthèse pendant laquelle elle a été suspendue par un coup d’état. Il faut que les élections de novembre-décembre 2011 reçoivent la suite qu’elles méritaient : l'annulation pure et simple, des enquêtes sérieuses pour déterminer les causes et origines des irrégularités, qu’on punisse les responsables, qu’on les écarte définitivement de toute responsabilité électorale et qu’on en tire les conséquences quant aux futures élections.
4° - La remise en état de la maison « Congo » après le désordre causé par un cambriolage demandera certainement du temps, ce qui rend inévitable une période de transition. Cela posera sans doute moins de problème si l’on a la certitude du départ de Kabila. Il serait très souhaitable que l’on s’inspirât de l’expérience acquise ailleurs en Afrique dans ce domaine et que, comme au Burkina ou en RCA, on décrète que les animateurs de la Transition ne pourront pas être candidats aux prochaines élections qui auront lieu après recensement.
Pourquoi JKK choisit-il de « jeter le masque « maintenant. Du point de vue de la politique internationale et de la prudence élémentaire, il aurait été mieux inspiré d’attendre le 20 janvier et l’investiture de Donald Trump. Mais il lui fallait aussi tenir compte du mécontentement de ses propres partisans. Pour souder les « dialoguistes », il y a la « Loi de l’Entrecôte ». Il est difficile de trouver mieux que le spectacle de la bousculade et du grenouillage qui commence dès qu’il est question d’un nouveau gouvernement, pour accéder à une Primature ou à un ministère, pour montrer que la loi fondamentale en RDC n’est pas la Constitution, mais la Loi de l’Entrecôte. Et la composition du gouvernement Badibanga a fait bien des déçus. Ne dit-on pas qu’Evariste Boshab aurait récemment qualifié Joseph de « petit ingrat » ? Sans doute cette grogne interne a-t-elle fini par paraître inquiétante à JKK lui-même.


Les Accords de Tshatshi sont extrêmement favorables au camp « joséphiste » et il faut donc, pensait jusqu’ic le camp du pouvoir en place, les maintenir coûte que coûte. En effet, maintenir JKK à la présidence, c’est lui laisser le bénéfice du « vote de précaution » lors des élections et le commandement des forces de répression pour en imposer les « résultats ». Il est clair qu’une des dimensions de tout ce cirque, y compris le « second dialogue », est que JKK entendait ne pas atteindre la date fatidique du 19 à minuit après un échec des négociations, donc en situation de blocage. Il fallait que ceux qui entreprendraient quelque chose après cette date puissent être présentés comme « tentant un coup d’Etat alors que des négociations sont toujours en cours ».


Il aurait fallu qu’un vrai dialogue commence, mais le préalable à un vrai dialogue vraiment inclusif aurait été de considérer comme nul et non avenu tout ce qui a été fait par le « Cirque à Complicator Kodjo ». Or, le camp du pouvoir voulait faire de l’acceptation de ces « conclusions » le préalable à toute discussion Le mini-sommet de Luanda a encore aggravé les choses, car il s’est terminé par un appel au Rassemblement et à la Dynamique afin qu’ils adhérent aux conclusions du Dialogue. Autrement dit ; l’idée d’un 2° dialogue, ou plus exactement d’avoir enfin un dialogue qui mérite ce nom, semble toujours enterrée.


La partition jouée par le pouvoir est toujours la même depuis les « Concertations » de 2012 : on propose des discussions, on en réduit la représentativité et la portée en en faisant des Congrès de la MP, avec quelques figurants alléchés par l’annonce, également répétée à chaque fois, d’un « nouveau gouvernement ». On se souciait alors peu de perdre du temps, puisque cela permettrait d’attendre le 8 novembre, date à laquelle l’identité de la future administration américaine serait connue, et de disposer d’un « accord politique » signé, ce qui permettra de « clôturer le Dialogue », sans avoir touché, ni au manque de crédibilité d’élections sans recensement préalable de la population, ni au manque de légitimité du pouvoir issu de celles de 2011. On pourra alors se lancer dans le coup de force pour refuser l’ouverture d’un « second dialogue ». C’est à dire qu’on fera une fois de plus le coup de « Les chiens aboient, la caravane passe », étant entendu que la « caravane » sera une colonne de blindés !

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